J’ai participé en chair et en os à ma première JMJ (journée mondiale de la jeunesse) à Czestochowa en août 1991. Nous étions 1 million de jeunes réunis sur la grande allée étroite qui menait vers le sanctuaire de la Vierge Noire, protégeant la Pologne face à ses nombreux agresseurs historiques, dont les nazis et russes communistes. Plus de 80 000 pèlerins ukrainiens étaient venus en une nuit, alors que le putsch contre Gorbatchev faisait rage. Lors de mes études à Rome, j’ai visité l’église ukrainienne sise à côté du Colisée pour découvrir le génocide et le martyr subis par les ukrainiens au long d’une histoire tragique souvent inconnue.
J’ai grandi avec notre Pape polonais, farouchement anti-communiste, qui par amour de la simple vérité a démasqué l’empire du mensonge soviétique. Le molosse s’est écroulé sur ses propres bases. Par mes études en sciences politiques, j’ai appris les ravages causés par l’Union soviétique. En 100 ans, le Kremlin a causé 100 000 000 de morts, un record historique inégalé. Tous les empires engendrent des morts tragiques, mais avec Lénine, Staline et Poutine, le crime et le mensonge sont systémiques. Sans oublier les petits bergers de Fatima, les dépositaires du message dit des trois secrets de la Vierge-Marie où La Russie est clairement nommé, en 1917, pour une autre guerre mondiale. Et notons encore la négation de Katyń, le meurtre de l’élite polonaise causé par les soviétiques qui restera le mensonge étatique le mieux gardé.
Notre Pape François, et le Vatican avec lui, semblent avoir tourné le dos à cet héritage ecclésiale remarquable. L’anti-américanisme quelque peu primaire de François a pris le dessus et la pauvreté d’une vision géopolitique un brin jésuite a gagné du terrain.
Un homme politique, qui s’exprimait récemment au milieu d’opposants farouches à l’Ukraine, glissait encore cette phrase choquantes: « une prostituée violée reste un viol ». Par ces paroles cash, le réel est clairement évoqué. La corruption, les défauts historiques (de tous les pays) et tant d’autres justifications ne sauraient accepter l’intolérable, soit l’agression barbare d’une population civile.
Le Vatican peine à nommer l’agresseur pour renvoyer dos-à-dos « agresseur et agressée », ne prononce jamais le nom de Poutine et ne semble ne pas comprendre que la mafia gouverne la Russie. La volonté de renouer des contacts avec le patriarche orthodoxe Cyrille est également une utopie totalement naïve.
Aucun catholique n’est obligé de suivre les opinions temporelles de l’Eglise catholique. Cependant, les Papes ont inventé la diplomatie pour créer des ponts et bâtir la Paix. Le Saint-Siège a réussi des médiations remarquables tout au long de l’histoire, comme l’issue pacifique de la crise des missiles de Cuba par Saint Jean XXIII. Saint Jean-Paul II laisse également un héritage géopolitique remarquable.
François avance en âge, et malgré les réussites pour les échanges des prisonniers et la volonté de retrouver les enfants ukrainiens déportés, il n’arrivera pas à remédier à cette guerre mondiale en morceau présente à nouveau sur le sol européen, à cause des approximations et des inexactitudes.
Plus personne ne reprend médiatiquement les propos du pontife argentin, sauf pour les critiquer. Même les visites de Cardinaux à Moscou et à Washington sont des coups d’épées dans l’eau. Le prochain Pape devra remonter la pente pour affronter bien des vents contraires. Le 267 ème successeur de Pierre viendra probablement du continent africain (gravement corrompu par Wagner et la propagande) ou peut-être de Marseille, ville méditerranéenne. Quel qu’il soit, il devra sérieusement revoir la copie diplomatique de François qui laisse malheureusement des bafouilles, des ratures et des gribouillis qui laisseront quelques traces.
Une petite lueur à l’horizon. Le temps est supérieur à l’espace reste une des maximes d’action du souverain pontife. Entrevoit-il déjà, telle un prophète, la futur constellation géopolitique mondiale qui bascule rapidement sous nos yeux ? L’avenir nous le dira.
——-
Le Pape appelle l’Europe à « bâtir des ponts » pour la paix. Cependant, Poutine ne veut pas saisir la main tendue. Il méprise la faiblesse, exalte la force, ne veut pas négocier et veut la guerre. L’Occident n’est pas la source de cette tragédie. Critiquer même avec des justes raisons l’Europe profite à Poutine. Le danger ne provient pas des USA, de l’OTAN ou de l’Europe mais bien du système dictatorial perverti, corrompu et mafieux mis en place par Poutine, dont la guerre en Ukraine n’est qu’une des tragiques réalisations.
Extraits des propos du Pape critiquant l’Europe (source Zenit)
Ici, en 2007, a été signé l’homonyme Traité de réforme de l’Union Européenne. Celui-ci affirme que « l’Union a pour but de promouvoir la paix, ses valeurs et le bien-être de ses peuples » (Traité de Lisbonne qui modifie le Traité sur l’Union Européenne et le Traité qui institue la Communauté Européenne, art. 1, 4/2.1) ; mais il va plus loin en affirmant que « dans ses relations avec le reste du monde […] elle contribue à la paix, à la sécurité, au développement durable de la terre, à la solidarité et au respect mutuel entre les peuples, au commerce libre et équitable, à l’élimination de la pauvreté et à la protection des droits de l’homme » (art. 1, 4/2.5). Ce ne sont pas seulement des mots, mais des jalons pour la marche de la communauté européenne, gravés dans la mémoire de cette ville. Voilà l’esprit de l’ensemble, animé par le rêve européen d’un multilatéralisme plus large que le seul contexte occidental.
Selon une étymologie discutée, le nom Europe proviendrait d’un mot indiquant la direction de l’occident. Il est certain que Lisbonne est la capitale la plus à l’ouest de l’Europe continentale. Elle rappelle donc la nécessité d’ouvrir des voies de rencontre plus vastes, comme le Portugal le fait déjà, surtout avec les pays d’autres continents unis par la même langue. Je souhaite que les Journées Mondiales de la Jeunesse soient, pour le “vieux continent”, une impulsion d’ouverture universelle. Car de l’Europe, la vraie, le monde a besoin : il a besoin de son rôle de bâtisseur de ponts et d’artisan de paix dans sa partie orientale, en Méditerranée, en Afrique et au Moyen-Orient. L’Europe pourra ainsi apporter sur la scène internationale son originalité spécifique, qui s’est dessinée au siècle dernier lorsque, dans le creuset des conflits mondiaux, elle a fait jaillir l’étincelle de la réconciliation en rêvant de construire l’avenir avec l’ennemi d’hier, engageant des voies de dialogue et d’inclusion, développant une diplomatie de paix qui éteint les conflits et apaise les tensions, capable de saisir les moindres signaux de détente et de lire entre les lignes les plus tordues.
Nous naviguons sur l’océan de l’histoire en des temps tumultueux et nous ressentons le manque de courageux itinéraires de paix. En regardant avec affection l’Europe et l’esprit de dialogue qui la caractérise, on pourrait lui demander : vers où navigues-tu, si tu ne proposes pas d’itinéraires de paix, de voies créatives pour mettre fin à la guerre en Ukraine ainsi qu’à beaucoup d’autres conflits qui ensanglantent le monde ? Et encore une fois, en élargissant le champ : quelle route suis-tu, Occident ? Ta technologie, qui a marqué le progrès et globalisé le monde, ne suffit pas à elle seule ; moins encore les armes les plus sophistiquées qui ne sont en rien des investissements pour avenir, mais qui appauvrissent du véritable capital humain, celui de l’éducation, de la santé, de la protection sociale. Il est inquiétant de lire qu’en de nombreux endroits l’on investit continuellement des fonds dans les armes plutôt que dans l’avenir des enfants. Je rêve d’une Europe, cœur de l’Occident, qui mette à profit son ingéniosité pour éteindre les foyers de guerre et allumer des lueurs d’espérance ; une Europe qui sache retrouver son âme juvénile en rêvant de la grandeur de l’ensemble et en allant au-delà des besoins de l’immédiat ; une Europe qui inclue les peuples et les personnes sans poursuivre théories et colonisations idéologiques.
