Ardisson: la mort n’est pas un show

Le dicton latin est connu: d’un mort personne n’en dit du mal. « De mortuis nihil nisi bonum« , « Des morts, rien, sinon le bien ». Mais voilà, le temps a passé depuis l’annonce de son décès.

Je l’avoue, j’avais plutôt de la sympathie pour Ardisson. C’était un amuseur du soir, un showman, un fou du roi. Il n’avait rien d’un journaliste. Il faisait son métier dans le show business, liant spectacle et argent. En ce temps de l’Eurofoot féminin, nous vivons l’affrontement. Deux équipes s’opposent. Ardisson l’avait très bien compris: la polémique se vend bien. C’était à dessein d’être clivant, cash, blessant jusqu’au clash. Il y a les pour, il y a les contre, dans le chaudron des passions. Même ses ruptures avec Hanouna étaient quelques peu calculées. Dans ce monde là, tous les coups sont permis pourvu que cela serve l’audience. Il faut un match justement, un affrontement.

Les invités venaient en second plan. Ils étaient des prétextes, afin de mettre en scène l’interviewer, l’inénarrable Ardisson. Laurent Baffie était le deuxième bouffon de la partie. En fait, le sketch voulait amuser la galerie, par la vulgarité et il fallait frapper en dessous de la ceinture. Les 3 S, le sexe, le sang et les sous passionnent les foules. L’audimat s’en porte bien.

Ardisson, tel un Roi. était sur son trône, regardant les invités de haut avec ses cartes dûment préparées. Comme nous jouons au poker, la règle était de les frapper fort sur le tapis vert. Venir sur le plateau voulait dire accepter le second rôle. Ile devaient lever les yeux face à une divinité, à une très forte personnalité, un homme puissant, une tronche avec une sacré gueule. Paradoxalement, certaines femmes appréciaient.

Ardisson est mort. Il a mis en scène sa propre mort jusqu’au point d’être photographié dans son futur cercueil.

Autant un certain talent a provoqué ma sympathie, autant le théâtre de sa mort ne m’a pas du tout convaincu. J’ai très peu gouté à ce dernier tableau. La mort est un moment intime, grave, sérieux et solennel.

Selon la foi, l’âme va à la rencontre du Christ qui nous jugera. Nous mourrons tous, et une seul fois. Personne ne peut faire le guignol. Rien ne permet à un homme de foire de la mettre en scène.

Jésus nous posera une question: comment as-tu aimé durant ta vie ? Nous pouvons être confiant pour Thierry Ardisson, sa maladie et sa mort ont mis en lumière l’amour qu’il a eu envers sa famille, les siens et ses amis. Il a voulu que son départ soit une source de pardon. Je trouve cela très touchant, inspirant et beau.

Je suis prêtre, un homme en noir avec un petit col blanc. Je peux assurer Thierry Ardisson de ma prière. Salut l’artiste.

Donne-lui Seigneur le repos et que brille à ses yeux la lumière éternelle, étincelante, non pas noire mais blanche, et qu’il repose dans la Paix.