Dans le paysage médiatique, qui a entendu des juges ou des magistrats ? Ces derniers, par profession écoutent, analysent et jugent. Ils sont moins exposés, moins visibles et moins médiatiques.
Les avocats, eux, ont l’habitude de prêcher, de parler et de défendre. Pour Sarkozy, ils étaient partout, dans une sorte de surexposition. Ils sont payés pour cela.
Un mensonge, répété très souvent, tournant en boucle, devient une vérité.
La mise en scène de l’entrée en prison a été savamment étudiée. Aucune image de son arrivée à la prison de la Santé. L’image phare est sa première promenade au bras de sa femme Carla, rejoignant une voiture. Un flash back de son élection, saluant les foules avec sa main.
Tout le monde a entendu le cri d’innocence de Sarkozy. « Je suis innocent. C’est la France qu’on condamne ». Les avocats ont multiplié les petites phrases : « Sarkozy est condamné. comme si un fantasme était un acte. Il n’y a aucune preuve. Il doit aller en prison à cause de la condamnation provisoire, qui concerne un risque de récidive. Mais comment pourrait-il récidiver ? Sarkozy va bien, il a bon moral ».
Toute cette ligne de défense esquive l’essentiel: « de quoi s’agit-il ? Qu’est-ce que la Justice reproche à l’ancien Président ? »
Nous ne l’avons presque pas entendu sur les plateaux TV, sur les réseaux sociaux. La pression des avocats et des amis était très lourde.
Un exemple. Il est évident que Sarkozy n’a pas une facture du régime libyen. Cela serait trop dangereux. Mais il y a un flux financier avec un timing qui recoupe les rencontres au plus haut niveau en Lybie et la comptabilité. Un autre: les avocats entretiennent le flou entre exécution provisoire et condamnation provisoire*. L’exécution provisoire renvoi à la gravité des faits. Et la corruption est très grave, d’où la présence de Sarkozy en prison. De plus, la négation des faits aggrave la peine.
Bref, ma petite note veut juste inviter à se détacher de la seule plaidoirie des avocats afin de chercher les faits, moins médiatiques, plus silencieux et moins abondants, aussi chez les Juges. L’analyse médiatique va jusque là. Toujours se poser la question: de quoi parle-t-on ? de quoi s’agit-il ? quels sont les actes ?
Le reste est un fleuve d’arguments, comme une mise en Seine, et nous savons que son eau est trouble et polluée.
*L’emprisonnement provisoire est une mesure conservatoire consistant à priver de liberté un accusé pendant la procédure pénale. Cette mesure est de nature préventive et vise à garantir que l’accusé ne se soustrait pas à la justice, n’interfère pas avec l’enquête ou ne commette pas de nouveaux crimes. Cela n’est pas le cas de l’ancien président.
*L’exécution provisoire, prévue par la loi, concernant l’inéligibilité, est prononcée quand les juges veulent empêcher un risque de récidive qu’ils estiment immédiat. Pour Nicolas Sarkozy, la décision est justifiée par la préparation d’une « corruption au plus haut niveau possible ». Les faits reprochés sont d’ »une gravité exceptionnelle », « de nature à altérer la confiance des citoyens », a martelé la présidente du tribunal Nathalie Gavarino pour justifier cette incarcération à venir.
